Caisse Autonome D'Amortissement du Cameroun


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Analyse

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Analyse de La Dette Du Cameroun

I. Contexte
Au lendemain de l'atteinte du point d'achèvement de l'initiative PPTE, le Cameroun comme nombre de
pays s'est engagé à utiliser le nouveau cadre d'analyse de soutenabilité de la dette du FMI et de la
Banque Mondiale afin de procéder régulièrement à l'analyse de la viabilité de sa dette (AVD). Cette
nouvelle donne implique de la part des gestionnaires de la dette un meilleur suivi de l'évolution des
nouveaux emprunts, la prise en compte des questions de dette dans tout cadrage macroéconomique
afin d'éviter des dérapages pouvant conduire de nouveau à une situation d'endettement insupportable
et retomber dans le cercle vicieux de surendettement et de pauvreté.

Ainsi, après une analyse effectuée en février 2007 et révisée en mars 2007 lors de la mission conjointe
FMI/BM, nous avons procédé à une mise à jour qui tient compte de nouvelles réconciliations des
données.

Il est important de relever ici que, contrairement à l'AVD qui a été réalisée par l'équipe conjointe du FMI
et de la Banque Mondiale, celle-ci n'exclut pas le C2D français du stock de la dette extérieure du
Cameroun. Les échéances restent exigibles, le premier accord de don prend fin en avril 2011 (possibilité
de signature d'un 2nd accord si le premier a été correctement exécuté), ce qui suppose que les tensions
de trésorerie persistent pour le paiement de ce service qui est retourné sous forme de don avec 2 à 3
mois de décalages.
II. Cadrage macro économique et Portefeuille de la dette
La présente AVD est faite sur la base des données de la dette réconciliées à fin juin 2007 (base
décembre 2006), du plan d'apurement de la dette intérieure arrêté en 2005 et du nouveau cadrage
macroéconomique de mars 2007 (DAE-FMI-BM).

L'atteinte du point d'achèvement en 2006 devrait permettre une augmentation de l'épargne budgétaire
qui contribuera à partir de 2007 à une baisse significative du déficit public et cela de façon continue
jusqu'en 2012. Toutefois les besoins de financement demeurent importants sur toute la période de
projection. En 2008 il se situe à près de FCFA 55 milliards, devrait avoisiner FCFA 110 milliards par an
jusqu'en 2012 et dépasser FCFA 500milliars par an à l'horizon 2018.

Après d'importantes variations cycliques entre 2002 et 2006, le PIB devrait évoluer sur un sentier de
croissance continue jusqu'en 2027 avec des moyennes de 4,9% pour la période 2007-2012 et 5,3% pour
la période 2013-27, soient des taux de croissance supérieurs à leur moyenne historique qui est de 3,8%.
La croissance pourra être soutenue par la stabilisation durable de l'inflation autour de 2%, ce qui
stimulera la demande intérieure. Une attention particulière doit néanmoins être portée à la sensibilité
de l'économie Camerounaise, dont la variation de ses exportations qui pourrait être un important
handicap à long terme.

Le relèvement de la notation financière du Cameroun suite à l'annulation d'une fraction importante de
sa dette extérieure et aux réformes de bonne gouvernance qu'il a entrepris, devra permettre une
diminution de l'élément don des nouveaux emprunts entre 2007 et 2027, la moyenne en 2012 étant de
27,7% en contre 41% en 2007. Cette diminution de l'élément don devrait stimuler les pratiques de bonne
gestion de la dette nécessaires pour la rentabilité des investissements productifs.

En Décembre 2006, le stock de la dette publique du Cameroun s'élève à FCFA 1 991 milliards soit FCFA 1
097 milliards pour la dette extérieure et FCFA 894 milliards pour la dette intérieure. Les créanciers
bilatéraux représentent après allègement 73,1 % du total de la dette extérieure, contre 18,7% et 7,4%
respectivement pour les créanciers multilatéraux et commerciaux. Les principaux créanciers demeurent
respectivement la France (62,3% du stock de la dette extérieure y compris le C2D), le groupe de la
Banque Mondiale composé de la BIRD et de l'IDA (9,7% de l'encours de la dette extérieure), et
l'Allemagne (7% du total de la dette extérieure).
III. Viabilité et vulnérabilité à long terme de la dette (scénario de base)
La dette publique du Cameroun représentait 20,6% du PIB en Décembre 2006. Ce ratio avoisinera 19,2%
en fin 2007 et amorcera une baisse significative sur les 5 prochaines années pour atteindre 12,5% en
2012. Parallèlement la dette publique exprimée en monnaie étrangère, d'un niveau de 11,3% du PIB en
2006, se stabilisera jusqu'en 2015 autour de 11.2%. Ce ratio passera de 10.4% en 2017 à 6,8% en 2027.

Pendant toute la période de projection, la dette publique du Cameroun devrait rester viable. Le ratio
VAN de la dette /PIB se situe à 19,5% à fin 2006 et devrait diminuer par la suite sur la période 2007-12
(12,9%) avant de se stabiliser autour de 7,6% sur le reste de la période, largement en dessous du seuil
de viabilité spécifique qui est de 40%. La dette publique extérieure quant à elle représente 10,2% du PIB
en fin décembre 2006. Sa tendance est également baissière d'une moyenne annuelle de 9,2% entre
2007 et 2012, elle se situera en dessous de 7,5 sur la période 2013-2027.

D'une valeur de 108,6%, le ratio de la VAN de la dette sur les recettes budgétaires y compris les dons se
situera à 88,1% en décembre 2007 et diminuera progressivement pour atteindre 58,6% en fin 2012.
Cette tendance à la baisse se poursuivra et représentera en moyenne 47,2% par an sur la période
2013-2027. Quant au ratio VAN de la dette extérieure sur les recettes budgétaires (y compris les dons),
elle passera de 57,1% en fin 2006 à 51,3% en décembre 2007 pour se stabiliser autour de 51% jusqu'en
2017.

En fin d'année 2006, le ratio VAN de la dette extérieure /exportations était égal à 40,2%. Ce ratio
passera de 44,4% en Décembre 2007 à près de 48,7% en 2012. Cette croissance se poursuivra sur le
reste de la période et avoisinera 56,8%. Cette évolution s'explique entre autres par une projection
pessimiste de la croissance des exportations à cause de la faiblesse de la compétitivité des entreprises
camerounaises, accentuée également par une entrée en vigueur des Accords de partenariat économique
ACP-UE.

Le service de la dette extérieure représente 5,7% des exportations en fin décembre 2006. Ce ratio
poursuivra sa décroissance sur le reste de la période. Pendant les 5 prochaines années il se situera à
environ 4,1% et restera en dessous de 3% au-delà de 2013.

Le service de la dette extérieure sur les recettes budgétaires y compris les dons, d'une valeur de 8,9%
en fin 2006 se situera à 6,2% en décembre 2007, atteindra 3,9% en 2012 et demeurera en dessous de
4% sur le reste de la période.
IV. Scénario alternatif 1: Maintien des résultats économiques autour de la moyenne
de la précédente décade
Ce scénario suppose le maintien du taux de croissance et du solde primaire à leur moyenne historique
(1997-2006) respectivement de -3,5% et 3,8% du PIB. Ce scénario implique une accumulation des
excédents budgétaires sur toute la période. Ces excédents devraient atténuer le niveau de besoin de
financement nécessaires pour envisager la réalisation de lourds investissements capables de générer
plus de croissance. Par conséquent l'Etat pourrait recourir aux emprunts aussi bien concessionnels que
non concessionnel, à condition de s'assurer de la rentabilité effective des projets bénéficiaires.

Sous ce scénario la VAN de la dette ne représentera que 2% du PIB en 2010, 13,6% des revenus (y
compris les dons) et 10% des exportations la même année.
V. Scénario alternatif 2 : Most extrem test
Dans l'hypothèse où l'économie camerounaise est sujette à de multiples chocs notamment, une
diminution permanente du taux de croissance d'1/4 de l'écart type de la moyenne des dix dernières
années par rapport au scénario de référence à partir de 2008, une augmentation de 10% des flux
créateurs de dette, des éléments dons des nouveaux emprunts inférieurs ou égaux au seuil de 35%, il
s'en suivra une baisse des recettes budgétaires et d'exportation, entraînant une augmentation du
besoin net de financement. L'Etat devra recourir à des nouveaux emprunts tout en veillant sur la
viabilité de sa dette. Tout nouvel emprunt de montant supérieur ou égal à 0,5% du PIB devrait nécessiter
une nouvelle AVD.
Toutefois dans ces conditions pessimistes, le ratio de la VAN de la dette/PIB devrait se situer à 24,1%
en 2008 et rester au dessus de 15% jusqu'en 2016. Ce ratio demeurera, sauf en cas de choc assez
significatif, en dessous du seuil critique de 40%.

Quant au ratio VAN de la dette/recettes budgétaire il se situera à environ 131,8% en 2008. Ce niveau de
ratio élevé, reste toutefois en dessous du seuil d'alerte. Mais le gouvernement devrait poursuivre une
politique d'amélioration de ses recettes sans toutefois augmenter le niveau des impôts. Ce ratio devrait
avoisiner 63,3% en fin de période si les politiques sont assez maitrisées.
VI. Conclusion
De la présente AVD, il ressort que la dette extérieure en particulier et la dette publique totale du
Cameroun en général, restera viable jusqu'en 2027. Toutefois le bas niveau des différents ratios appelle
à beaucoup plus de pratique de bonne gouvernance dans le management de nombre de projets. Les
risques de surendettement persistent et peuvent survenir entre autres après des emprunts importants à
des taux non concessionnels ou non rentables, à une mauvaise allocation des aides/emprunts et
projets, au risque de dépréciation/appréciation de la monnaie locale, à une baisse des recettes
d'exportation, etc. Le besoin de financement persiste (bien que le solde budgétaire soit par moment
positif) pour la réalisation d'importants projets, l'amélioration des conditions de vie des ménages
camerounais nécessaires pour un développement durable et l'atteinte des Objectifs du Millénaire pour
le Développement (OMD).

L'allégement important de la dette obtenu après l'atteinte du point d'achèvement a considérablement
réduit le poids de la dette existante du Cameroun. Pour maintenir cette dette viable à l'horizon 2030,
nombre de reformes doivent être poursuivies par les autorités camerounaises. L'Etat devra poursuivre
l'apurement de sa dette intérieure, continuer à mener une politique d'emprunt prudente en coordination
avec les politiques macroéconomiques, ce qui suppose une meilleure transparence dans le traitement et
la diffusion des données, la prise en compte des différents accords de partenariat régionaux existants
(AGOA, ACP-UE, CEMAC…), la bonne gestion des projets et gouvernance des affaires publiques.

In fine, les emprunts concessionnels, la diversification de la base de production, l'amélioration du
niveau des exportations et l'amélioration du climat des affaires demeurent nécessaires et
indispensables pour une réelle viabilité de la dette publique du Cameroun à long terme.

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